L’artisanat derrière la spontanéité : comment les vignerons s’y prennent ?
Sélection dans la vigne : la base de tout
Aucun secret : la réussite d’une fermentation spontanée commence à la vigne. Le raisin doit être sain, mûr, ni trop ni pas assez, pour éviter les dérapages bactériens et garantir assez de levures sur la pellicule. En Occitanie, on privilégie souvent des vendanges manuelles, parfois en caissettes pour éviter l’écrasement et une oxydation prématurée. Le bio et la biodynamie, très implantés, favorisent aussi la vitalité microbienne.
- Le Gers compte plus de 300 exploitations certifiées bio ou nature sur 2022 (source : Chambre d’Agriculture du Gers).
- Dans le Tarn, plus de 65% des labours sont réalisés sans désherbants, pour préserver la flore levurienne du sol (source : Réseau Languedoc Nature).
Un chai pensé pour la vie microbienne
L’air du chai, les murs, les anciens fûts… tout est un immense réservoir de levures et bactéries. Les vignerons veillent à une hygiène stricte (pour éviter les bactéries indésirables), mais savent aussi préserver un «patrimoine microbien». Certains n’utilisent plus que de vieux fûts pour conserver la «mémoire» levurienne du lieu ; d’autres ensemencent légèrement la cuve avec le jus des plus belles grappes dès le début de cuvaison.
- Au Domaine Matassa (Roussillon), le chai n’est jamais totalement désinfecté entre chaque millésime. On balaie, on rince, mais on garde cette « patine » qui nourrit les fermentations (voir la Revue du Vin de France n°670, 2023).
Maîtriser le temps et la température
Les levures sont sensibles : trop de chaleur, elles s’épuisent ; trop de froid, elles s’endorment. Beaucoup de vignerons d’Occitanie laissent démarrer la fermentation doucement, profitant des nuits fraîches de la région. Certains maîtrisent la température par des pigeages moins fréquents, d’autres utilisent l’inertie thermique des gros contenants (cuve béton, barrique, jarre en terre cuite).
- À Limoux, les blancs de chardonnay en fermentation spontanée restent autour de 16 à 18 °C, afin d’encourager la lenteur – gage de complexité (source : Union des Vignerons de Limoux).
- Dans le Lot, les rouges de malbec démarrent souvent plus frais (autour de 15 °C), pour limiter la formation de composés soufrés indésirables.
Surveillance, intuition et interventions mesurées
Le mythe voudrait que les vignerons en fermentation spontanée « ne font rien ». En réalité, ils goûtent, surveillent, flairent, tâtent la matière : on parle d’écoute et d’accompagnement. Quelques pratiques fréquentes :
- Goûter le jus tous les jours, ou plusieurs fois par jour pendant les phases chaudes ;
- Prendre la température, mesurer le sucre restant et la densité ;
- Aérer doucement par remontage si la fermentation ralentit, sans excès pour ne pas oxyder le vin ;
- Refroidir ou réchauffer le chai selon la saison et les aléas ;
Parfois, si la fermentation s’arrête (« blocage »), on peut relancer le processus en ajoutant une petite part de jus fermenté actif, ou en réchauffant la cuve.