L’aramon : renaissance d’un cépage historique des vignobles d’Occitanie

21/05/2025

Un peu d’histoire : l’essor spectaculaire de l’aramon

L’aramon, parfois surnommé en occitan "picardan", tient son nom de son origine : il a été largement cultivé dans les plaines et collines du sud de la France, particulièrement en Languedoc et en Roussillon. Au XIXe siècle et jusqu’au début du XXe, il fut le cépage majoritaire dans cette région et, par extension, dans une bonne partie des vignobles français. Une domination quasi hégémonique : dans les années 1950, il représentait encore près de 30 % de l’encépagement national, ce qui est difficile à imaginer aujourd’hui.

Mais pourquoi cet engouement ? Principalement pour deux raisons. D’une part, l’aramon est un cépage extrêmement productif. Il n’est pas rare qu’un hectare en culture traditionnelle puisse produire jusqu’à 200 hectolitres de vin. Une manne pour répondre à la demande d’un vin simple et accessible à une époque où l’on valorisait davantage le volume que la qualité. D’autre part, il s’adapte bien aux sols secs et aux climats du sud, un atout de taille dans une région au climat méditerranéen.

Pourtant, cette productivité est aussi devenue son talon d’Achille. Car, à force de tirer sur la corde, les vins d’aramon ont souvent été jugés légers, dilués et peu aromatiques… en un mot : banals.

La chute de l’aramon : les causes de son déclin

À partir des années 1960, l’aramon entame sa descente aux enfers. La mutation des goûts des consommateurs est alors en marche : on veut des vins plus expressifs, plus complexes, capables de rivaliser avec ceux des autres grandes régions viticoles. L’aramon, malgré son rendement impressionnant, ne peut rivaliser en qualité face aux nouveaux cépages mis à l’honneur, comme le cabernet sauvignon ou la syrah.

Sans oublier que la réglementation joue contre lui : avec les réformes de l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), puis l’introduction des quotas européens dans les années 1980, les cépages jugés peu qualitatifs sont progressivement arrachés ou écartés des assemblages. L’aramon, devenu l’emblème des excès productivistes, perd irrémédiablement du terrain. Aujourd’hui, il ne représente plus qu’une fraction infime de l’encépagement français.

Le gel de 1956 : un tournant décisif

Un autre coup de grâce pour l’aramon : l'hiver dévastateur de 1956. Des vagues de gel d’une intensité sans précédent détruisent des milliers d’hectares de vigne en France, et l’Occitanie n’est pas épargnée. Lorsqu’il faut replanter, beaucoup de viticulteurs tournent alors le dos à l’aramon, au profit d’autres cépages plus "modernes", jouissant d’une meilleure image et de débouchés commerciaux plus prometteurs.

Un cépage qui renaît grâce aux vignerons engagés

Et pourtant… l’aramon n’a pas complètement disparu. Depuis quelques années, on observe un retour timide mais fascinant de ce cépage historique. Pourquoi ? Parce que certaines figures audacieuses du vin, en Occitanie notamment, ont fait le pari de redécouvrir et de magnifier nos variétés locales. Le mouvement de réhabilitation de l’aramon fait partie d’une démarche plus large, qui valorise la richesse du patrimoine viticole régional.

Ceux qui choisissent de cultiver l’aramon aujourd’hui le font dans une optique bien différente de celle d’antan. Ici, pas question de surproduire. Les rendements sont maîtrisés, souvent inférieurs à 40 hectolitres par hectare, afin de tirer le meilleur de ses grappes. Le cépage, qui peut produire des vins souples, fruités et d’une belle fraîcheur, se révèle alors sous un jour totalement nouveau.

Quelques domaines à suivre

  • Le domaine Léonine (Roussillon) – Ce domaine, connu pour son respect des traditions et sa vinification naturelle, propose des cuvées intégrant de l’aramon pur ou en assemblage, où il exprime toute sa finesse et sa légèreté.
  • Le domaine Rimbert (Saint-Chinian) – Célèbre partisan des cépages oubliés, il valorise l’aramon dans certaines cuvées atypiques, remportant souvent l’adhésion des amateurs de vins hors des sentiers battus.
  • Les Caves du Parc (Hérault) – Une cave coopérative qui, contre toute attente, a réintroduit l’aramon dans une démarche de préservation des cépages locaux.

L’aramon face aux défis climatiques : un atout oublié ?

Il est une autre piste qui redonne à l’aramon une place sur l’échiquier du vignoble occitan : les enjeux climatiques. Alors que nos étés ne cessent de se réchauffer et que la vigne souffre du stress hydrique, l’aramon, avec sa capacité d’adaptation naturelle aux climats chauds, est aujourd’hui réévalué. Bien qu’il ne survive pas aux températures extrêmes de manière illimitée, il constitue un pari intéressant pour l’avenir du vignoble méridional.

Les expérimentations menées par des laboratoires comme l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) portent à croire que ce cépage pourrait devenir un allié face aux évolutions climatiques. En conduisant ses vignes en gobelet, avec un travail sur les sols pour favoriser une alimentation hydrique équilibrée, il y a moyen de tirer parti de ses qualités naturelles.

Un cépage à découvrir ou redécouvrir

Alors, l’aramon a-t-il encore sa place dans nos vignobles d’Occitanie ? La réponse n’est pas simple. Ce cépage porte en lui le poids d’une histoire complexe, faite de hauts et de bas. Mais il incarne aussi une promesse : celle de cultiver notre héritage viticole, de valoriser ce qui fait l’âme de nos terres.

Goûter un vin d’aramon, c’est goûter une part de la mémoire vivante du Languedoc. Et qui sait, avec un peu d’amour, d’audace et de travail, ce cépage pourrait bien retrouver, sinon sa couronne d’antan, du moins une place de choix dans nos verres. Alors, si l’occasion se présente, laisse-toi tenter. Et viens m’en parler à la cave : j’adore échanger autour de ces découvertes !

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